Marc Simoncini
Portrait de Marc Simoncini, pionnier du web français, fondateur de Meetic et investisseur actif, qui a su rebondir après l’éclatement de la bulle internet.
Marc Simoncini fait partie de la première génération d’entrepreneurs du web en France. Connu du grand public pour avoir fondé Meetic, il a pourtant derrière lui un parcours plus long et plus sinueux, marqué par des prises de risques, des succès spectaculaires… et quelques chutes dont il a su se relever.
Des débuts d’ingénieur à l’envie d’entreprendre
Né à Marseille le 12 mars 1963, Marc Simoncini suit une formation scientifique et obtient un baccalauréat D, l’ancêtre de l’actuel bac scientifique. Attiré par l’informatique naissante, il intègre Supinfo, une école d’ingénieurs en informatique, dont il sort diplômé en 1984.
À peine son diplôme en poche, il choisit la voie de l’entrepreneuriat plutôt que celle d’une carrière classique en entreprise. Un an plus tard, il crée sa première société, CTB, basée à Dijon. L’entreprise propose des services sur Minitel, ce qui, à l’époque, représente le cœur de l’innovation numérique française. C’est déjà un premier pari sur les technologies de communication à distance.
À la fin des années 1980, il poursuit dans cette voie en fondant une nouvelle structure, Option Innovation, une SSII spécialisée dans le développement de solutions interactives sous UNIX. L’activité reste technique, mais l’ambition grandit : il ne s’agit plus seulement de faire du service, mais d’imaginer des usages interactifs pour les entreprises et le grand public.
C’est également à cette période qu’il rencontre un autre futur poids lourd du numérique français, Xavier Niel. Une rencontre entre deux profils d’entrepreneurs qui partagent la même intuition : les réseaux et le numérique vont transformer la société.
iFrance et l’explosion puis l’éclatement de la bulle internet
Au milieu des années 1990, Marc Simoncini voit venir la vague internet. Il décide de s’y engager pleinement en créant, au sein d’Option, la société iFrance, lancée en 1996. L’idée : proposer des services gratuits de qualité autour du web, à commencer par l’hébergement de pages personnelles.
iFrance, symbole de l’euphorie internet
À une époque où tout le monde veut « son site », iFrance permet à des particuliers de créer et d’héberger gratuitement leur page web. Le modèle repose sur la gratuité, la publicité et la recherche de volumes d’audience massifs. Le site connaît un succès rapide et s’étend à d’autres pays francophones européens. Il figure parmi les principaux sites français du moment.
Dans le contexte de la bulle internet, iFrance attire naturellement les convoitises. Des acteurs majeurs comme Vivendi, Liberty Surf (alors lié à Bernard Arnault) et TF1 formulent des offres de rachat. Finalement, en 2000, iFrance est cédée à Vivendi pour un montant très important, dont une partie payée en actions.
De la réussite spectaculaire à la quasi-faillite personnelle
L’euphorie ne dure pas. Entre 2000 et 2003, la bulle internet éclate. Le cours de l’action Vivendi s’effondre, passant d’un niveau très élevé à un niveau nettement plus bas. Une partie significative de la valeur issue de la vente d’iFrance disparaît dans la tourmente boursière.
Pour Marc Simoncini, le choc est brutal : il se retrouve au bord du gouffre financier, après avoir été présenté comme l’une des figures de la nouvelle économie. C’est l’épreuve qui met à nu la réalité de l’entrepreneuriat : une réussite peut être fragile lorsque la majeure partie du patrimoine est liée à une seule entreprise ou à un seul titre.
Leçons pour les entrepreneurs
Ce passage de l’euphorie à la crise illustre plusieurs enseignements utiles :
| Enjeu | Risque | Piste de prévention |
|---|---|---|
| Concentration du patrimoine | Fort impact en cas de chute d’un titre ou d’un secteur | Diversifier progressivement ses actifs, ne pas tout miser sur une seule action |
| Bulle sectorielle | Décorrélation entre valorisation et activité réelle | Garder une discipline sur les fondamentaux (clients, marges, cash) |
| Vente d’entreprise payée en actions | Dépendance au destin de l’acquéreur | Négocier une part significative en numéraire, étaler la cession de titres |
| Notoriété rapide | Illusion de sécurité | Rester prudent dans son niveau de vie et ses engagements financiers |
Marc Simoncini ne renonce pourtant pas. Au lieu de se retirer, il décide de repartir sur un nouveau projet, plus ciblé, plus orienté vers un besoin concret.
Meetic : la reconquête par l’entrepreneuriat
Dès le début des années 2000, alors que la poussière de la bulle internet n’est pas encore retombée, il lance un nouveau site : Meetic, créé en 2002. Le concept est simple mais puissant : une plateforme de rencontres en ligne payante, qui met en relation des célibataires de façon structurée et sécurisée.
Là où beaucoup misent encore sur des modèles gratuits financés exclusivement par la publicité, Meetic assume un positionnement payant. En échange, le service propose plus de fonctionnalités, un environnement plus sérieux et un accompagnement plus abouti. Le site trouve rapidement son public et devient une référence en France, puis en Europe, au point d’occuper une place de leader sur son marché.
En 2005, Meetic est introduit en bourse, atteignant une valorisation très élevée. Pour Marc Simoncini, c’est la confirmation de sa capacité à rebondir dans un environnement qui l’avait presque mis à terre quelques années plus tôt.
Quelques années plus tard, il cède la majorité de sa participation dans Meetic : en 2011, il vend 70 % de ses parts au géant américain Match.com, spécialiste mondial des sites de rencontre. Il conserve cependant un lien avec l’entreprise et renforce son rôle d’investisseur.
De fondateur à investisseur : Winamax, Jaïna Capital et Sensee
À partir de la fin des années 2000, Marc Simoncini change progressivement de posture. Il n’est plus seulement créateur de startups, il devient aussi investisseur et accompagnateur de projets.
En 2009, il entre au capital du site de poker en ligne Winamax. Ce mouvement marque son intérêt pour les plateformes en ligne à forte audience et à dimension communautaire.
La même année, il fonde le fonds d’investissement Jaïana Capital. Objectif : investir dans des start-up à fort potentiel et les accompagner dans leurs premières phases de croissance. L’idée n’est pas uniquement financière : il s’agit aussi de transmettre une expérience, faite de réussites mais aussi d’échecs, à une nouvelle génération d’entrepreneurs.
En parallèle, il continue à lancer ou structurer ses propres projets. Il investit ainsi plusieurs millions d’euros dans le site lentillemoinschere.com, positionné sur la vente de lentilles de contact en ligne. Dans la même logique de digitalisation de l’optique, il crée Sensee, un site spécialisé dans la vente de produits optiques sur internet, avec une volonté affichée de proposer des prix clairs et compétitifs.
Ces initiatives traduisent une constante : exploiter le potentiel du web pour bousculer des secteurs traditionnels, de manière plus transparente et plus proche des besoins du consommateur.
L’EEMI et la transmission aux nouvelles générations
L’engagement de Marc Simoncini ne se limite pas aux entreprises et aux investissements. Avec deux autres figures emblématiques de l’entrepreneuriat français, Xavier Niel (Free) et Jacques-Antoine Granjon (vente-privee.com), il fonde l’Ecole Européenne des Métiers de l’Internet (EEMI), située à Paris.
L’objectif de cette école : former des profils opérationnels pour les métiers du digital (technique, marketing, design, gestion de projet, etc.). En co-créant l’EEMI, ces entrepreneurs entendent combler un manque : celui de formations adaptées au rythme et aux besoins réels des entreprises du web.
Cette démarche illustre une conviction forte : l’écosystème numérique français a besoin de talents formés au plus près des réalités du terrain, et pas seulement de compétences académiques.
Diversification et passions personnelles
En parallèle de ses activités dans le web, Marc Simoncini investit dans des secteurs très différents :
- Aztec, spécialisée dans la production de dameuses à neige,
- Devialet, marque innovante dans l’univers de la hi-fi.
Ces investissements montrent un intérêt pour l’innovation au sens large, qu’elle soit industrielle, technologique ou liée à l’expérience utilisateur.
Vie privée et centres d’intérêt
Sur le plan personnel, Marc Simoncini est marié à Laurence, co-fondatrice de la boutique de design Serendipity, et père de deux enfants. Il cultive par ailleurs une passion pour l’art contemporain, qui accompagne sa sensibilité pour la création et les formes nouvelles d’expression.
Son parcours d’entrepreneur, ponctué de succès visibles mais aussi de revers marquants, en fait une figure emblématique de l’écosystème français : celle d’un entrepreneur capable de se réinventer, de transmettre, et d’investir dans les idées des autres après avoir longtemps misé sur les siennes.
Questions fréquentes
Qui est Marc Simoncini ?
Marc Simoncini est un entrepreneur français, pionnier du web, surtout connu pour avoir fondé le site de rencontres Meetic et pour son rôle d’investisseur dans de nombreuses start-up.
Qu’est-ce que Meetic et en quoi ce site a-t-il été innovant ?
Meetic est un site de rencontres en ligne lancé en 2002. Il a professionnalisé la rencontre sur internet en proposant un service structuré, payant et sécurisé, devenu une référence en Europe.
Comment Marc Simoncini a-t-il rebondi après l’éclatement de la bulle internet ?
Après la chute du cours de Vivendi qui l’a durement touché financièrement, il a relancé un projet avec Meetic, misant sur un modèle payant solide et un besoin clair, jusqu’à l’introduction en bourse du site.
Qu’est-ce que Jaïna Capital ?
Jaïna Capital est un fonds d’investissement créé par Marc Simoncini pour financer et accompagner des start-up, en apportant à la fois des moyens financiers et son expérience d’entrepreneur.
Quel est le rôle de Marc Simoncini dans l’éducation aux métiers du digital ?
Il est co-fondateur de l’Ecole Européenne des Métiers de l’Internet (EEMI), qui forme des étudiants aux métiers du numérique en lien étroit avec les besoins des entreprises du secteur.
Dans quels autres secteurs que le web Marc Simoncini investit-il ?
Il a investi notamment dans l’optique en ligne, dans un site de poker en ligne, mais aussi dans des entreprises industrielles et technologiques comme une société de dameuses à neige ou une marque de hi-fi.