Portrait

Céline Lazorthes : la fondatrice de Leetchi qui a fait de la cagnotte en ligne une fintech

Portrait de Céline Lazorthes, fondatrice de Leetchi et de MangoPay : comment une cagnotte entre amis est devenue une infrastructure de paiement, et une voix de la tech au féminin.

Portrait illustré de Céline Lazorthes, fondatrice de Leetchi et MangoPay

Céline Lazorthes fait partie de ces entrepreneuses qui ont transformé un agacement du quotidien en entreprise structurante. Tout commence par un problème trivial — réunir l’argent d’un cadeau commun entre amis — et débouche sur deux sociétés, une cagnotte devenue un réflexe national et une infrastructure de paiement utilisée par d’autres entreprises. En chemin, elle est devenue l’une des voix les plus écoutées sur la place des femmes dans la tech française.

Qui est Céline Lazorthes ?

Née en 1982 à Toulouse, Céline Lazorthes grandit avec le goût des projets et un parcours qui la mène vers le commerce et l’entrepreneuriat. Elle se forme à EMLYON Business School, l’une des grandes écoles de management françaises, où elle affine une idée qui ne la quittera plus : la technologie peut résoudre des frictions concrètes de la vie quotidienne.

C’est encore jeune, à la sortie de ses études, qu’elle se lance — sans attendre l’expérience que beaucoup jugent indispensable avant d’entreprendre. Ce choix, fait au tout début des années 2010, la place parmi les pionnières d’une génération de fondateurs français qui croient à l’internet de service et au paiement en ligne, à une époque où la « fintech » n’a pas encore de nom.

Leetchi : l’idée née d’un agacement très ordinaire

L’étincelle de Leetchi est d’une banalité assumée : organiser une collecte d’argent entre amis pour un cadeau commun est pénible. Il faut relancer les uns, avancer pour les autres, gérer les billets, les chèques, les « je te rembourse demain » qui n’arrivent jamais. Céline Lazorthes se dit qu’un simple outil en ligne réglerait tout cela.

Les meilleures idées ne tombent pas du ciel : elles sortent d’un irritant que tout le monde subit sans imaginer qu’on puisse le supprimer.

En 2009, elle lance Leetchi.com, la cagnotte en ligne. Le principe est limpide : un organisateur crée une cagnotte, partage un lien, et chacun participe en ligne, à son rythme, depuis chez lui. L’argent est réuni puis utilisé pour un achat, viré, ou converti en carte cadeau. Pots de départ, anniversaires, mariages, naissances, collectes solidaires : les usages explosent, parce que le besoin était universel et la solution, jusque-là, inexistante.

Le succès de Leetchi tient à une exécution sans friction. Là où d’autres auraient ajouté des options, l’équipe a poursuivi une obsession : que créer et alimenter une cagnotte soit plus simple que de passer par sa banque. Cette simplicité radicale est devenue la marque de fabrique du service.

De Leetchi à MangoPay : le pivot vers l’infrastructure

C’est en faisant fonctionner Leetchi que Céline Lazorthes et ses équipes se heurtent à un problème technique majeur : encaisser l’argent de milliers de contributeurs, le stocker en toute conformité réglementaire, puis le reverser, suppose une plomberie financière complexe. Plutôt que de la sous-traiter, l’entreprise la construit elle-même.

De cet outil interne naît MangoPay, lancé comme produit à part entière au début des années 2010. Le retournement est stratégique : ce qui n’était qu’un moyen au service de Leetchi devient une offre vendue à d’autres entreprises. MangoPay est une solution de paiement B2B destinée aux places de marché, plateformes collaboratives et autres acteurs qui doivent gérer des flux d’argent entre de multiples parties (un vendeur, un acheteur, la plateforme).

LeetchiMangoPay
CibleGrand public (B2C)Entreprises et plateformes (B2B)
PromesseRéunir de l’argent à plusieurs, sans frictionEncaisser, stocker et reverser des flux, en conformité
OrigineLe produit fondateurLa techno interne de Leetchi, ouverte au marché

Ce pivot illustre une leçon précieuse : une compétence développée pour résoudre son propre problème peut valoir plus que le produit visible. Beaucoup d’entreprises d’infrastructure sont nées ainsi, en « productisant » un outil bâti pour soi.

Le rachat par le Crédit Mutuel Arkéa

En 2015, l’aventure franchit un cap décisif : le groupe Leetchi — qui réunit la cagnotte Leetchi et la solution MangoPay — est racheté par le Crédit Mutuel Arkéa, groupe bancaire coopératif, pour plusieurs dizaines de millions d’euros. L’opération est un signal fort : une banque traditionnelle reconnaît qu’une jeune fintech française détient une technologie et des usages qu’elle ne sait pas reproduire en interne.

Fait notable, Céline Lazorthes reste aux commandes après l’acquisition, l’ensemble conservant son autonomie. Ce type de rachat « industriel », où l’acquéreur veut la croissance et les équipes plutôt qu’un simple démantèlement, reste un modèle de sortie enviable pour les fondateurs. Comprendre ce qui rend une start-up désirable aux yeux d’un acheteur ou d’un fonds est d’ailleurs au cœur de notre analyse sur la manière de convaincre les investisseurs en phase d’amorçage.

Une voix engagée pour la tech au féminin

Si Céline Lazorthes est une figure marquante, ce n’est pas seulement pour ses entreprises, mais pour ce qu’elle en a fait : une tribune. Très tôt, elle pointe une réalité dérangeante de l’écosystème — les start-up fondées ou cofondées par des femmes ne captent qu’une fraction minime des fonds levés en capital-risque, et celles dont l’équipe fondatrice est exclusivement féminine encore moins.

Refusant de s’en tenir au constat, elle cofonde le collectif SISTA, qui agit directement sur le levier du financement : faire signer aux fonds d’investissement des engagements chiffrés pour financer davantage de projets portés par des femmes, mesurer les progrès et rendre les chiffres publics. La démarche est typique de sa méthode : transformer une indignation en mécanisme concret et mesurable, plutôt qu’en slogan.

En parallèle, elle devient business angel et mentore, soutenant de ses propres deniers et de son expérience une nouvelle génération d’entrepreneurs. Sur ce terrain de la transmission, elle rejoint d’autres bâtisseurs de la French Tech comme Marc Simoncini, qui ont fait de l’accompagnement des plus jeunes une seconde carrière.

Ce que les entrepreneurs peuvent retenir

Le parcours de Céline Lazorthes offre plusieurs enseignements directement réutilisables :

  • Partez d’un irritant que vous vivez. Leetchi n’est pas née d’une étude de marché, mais d’une corvée personnelle partagée par des millions de gens.
  • La simplicité est une stratégie. Le succès est venu d’un produit plus simple à utiliser que l’alternative bancaire, pas d’un empilement de fonctionnalités.
  • Votre outil interne vaut peut-être de l’or. MangoPay prouve qu’une brique technique construite pour soi peut devenir un produit à part entière, parfois plus précieux que l’offre d’origine.
  • L’engagement n’est pas un à-côté. En portant la cause des femmes dans la tech, elle a construit une influence qui dépasse ses entreprises et nourrit en retour son réseau et sa marque personnelle.

FAQ

Qui est Céline Lazorthes ? Une entrepreneuse française née en 1982 à Toulouse, diplômée d’EMLYON, fondatrice de la cagnotte en ligne Leetchi et de l’infrastructure de paiement MangoPay.

Qu’est-ce que Leetchi ? Un service de cagnotte en ligne lancé en 2009, qui permet de réunir de l’argent à plusieurs simplement : cadeau commun, pot de départ, collecte solidaire.

Quelle est la différence entre Leetchi et MangoPay ? Leetchi est le service grand public ; MangoPay est l’infrastructure de paiement B2B née de la technologie interne de Leetchi, ouverte ensuite aux autres entreprises.

Leetchi a-t-elle été vendue ? Oui, au Crédit Mutuel Arkéa en 2015, pour plusieurs dizaines de millions d’euros, l’ensemble gardant son autonomie.

Pourquoi est-elle engagée pour les femmes dans la tech ? Parce que les fondatrices reçoivent une part très faible des financements : avec le collectif SISTA, elle agit pour réduire cet écart de manière chiffrée et mesurable.

Conclusion : la corvée que vous subissez est peut-être votre marché

La trajectoire de Céline Lazorthes envoie un message clair à tout porteur de projet : inutile d’attendre l’idée géniale et lointaine. Listez les trois tâches qui vous agacent le plus dans votre quotidien ou votre métier, demandez-vous laquelle agace aussi des millions d’autres personnes, et imaginez l’outil le plus simple possible pour la supprimer. Puis, si vous bâtissez une brique technique pour vous en sortir, gardez en tête qu’elle pourrait un jour valoir plus que votre produit. Pour chiffrer le potentiel d’une idée et structurer son modèle, appuyez-vous sur nos outils de calcul pour entrepreneurs.

Questions fréquentes

Qui est Céline Lazorthes ?

Céline Lazorthes est une entrepreneuse française née en 1982 à Toulouse. Diplômée d'EMLYON Business School, elle a fondé en 2009 la cagnotte en ligne Leetchi, puis l'infrastructure de paiement MangoPay. Elle est aussi une militante reconnue de la mixité dans la tech.

Qu'est-ce que Leetchi ?

Leetchi est un service de cagnotte en ligne lancé en 2009 : il permet à un groupe de personnes de collecter et de réunir de l'argent simplement, pour un cadeau commun, un pot de départ, un anniversaire ou une collecte solidaire, sans avoir à courir après les billets.

Quelle est la différence entre Leetchi et MangoPay ?

Leetchi est le service grand public de cagnotte. MangoPay est l'infrastructure technique de paiement née en interne pour gérer les flux de Leetchi, puis ouverte aux autres entreprises : c'est une solution B2B qui permet aux places de marché et plateformes d'encaisser, de stocker et de reverser de l'argent de façon réglementée.

Leetchi a-t-elle été rachetée ?

Oui. En 2015, le groupe Leetchi, qui réunissait la cagnotte Leetchi et la solution de paiement MangoPay, a été racheté par le Crédit Mutuel Arkéa pour plusieurs dizaines de millions d'euros, tout en conservant son autonomie de fonctionnement.

Pourquoi Céline Lazorthes est-elle engagée pour les femmes dans la tech ?

Constatant que les start-up fondées par des femmes reçoivent une part très minoritaire des financements en capital-risque, elle a cofondé le collectif SISTA pour faire bouger les investisseurs et réduire cet écart de financement. Elle est aussi devenue business angel pour soutenir directement des projets.

Que fait Céline Lazorthes aujourd'hui ?

Après avoir piloté la croissance de Leetchi et de MangoPay, elle s'est progressivement tournée vers l'investissement et l'engagement entrepreneurial : business angel, mentore et porte-voix de la diversité, elle accompagne une nouvelle génération de fondateurs et de fondatrices.